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Caroline S. "Dans la lumière blanche"
"Dans ma drôle d'enfance, j'ai aussi vécu un événement qui devait avoir des répercussions sur toute la suite de ma vie. J'avais huit ans; exceptionnellement cette année là, mes
parents avaient décidé de ne pas m'emmener en Europe avec eux, et de me confier pour l'été à l'une de mes tantes, qui possédait une maison à Alexandrie.....
..... Un jour que nous voulions aller à la plage ensemble avec Elena, ma tante nous dit: "Il y a le drapeau noir, vous n'avez pas le droit de vous baigner." Après lui avoir promis que nous
n'irions pas dans l'eau, nous nous sommes mises en route pour la plage.
En arrivant, nous avons commencé à construire un château de sable. A un moment, nous nous sommes approchées de la mer, simplement pour y prendre du sable mouillé, et avons été emportées toutes
les deux par les vagues. On se tenait par la main, et on a dû rester je ne sais combien de temps, peut-être une ou deux heures accrochées l'une à l'autre. Je portais un petit deux-pièces en satin
rose qui s'est immédiatement défait, comme le maillot de ma copine d'ailleurs. On s'est retrouvées nues comme des vers, et surtout livrées à une mer complètement déchaînée. Nous nous efforcions
de revenir vers le bord bien sûr, mais je nageais très mal, et à un moment Elena m'a dit: "Je vais essayer de retourner vers la plage, et de trouver du secours". Sur ces mots, elle m'a lâchée la
main et s'en est allée. Pour moi, c'était la fin du monde...."
Catherine R. "Un trou dans les origines"
"Adolescente, je disais souvent que je ne venais de nulle part, car je ne parvenais pas à trouver d'ancrage dans mon histoire familiale. je suis née d'une mère Pied-noire d'Algérie mais
protestante, ce qui n'est pas vraiment caractéristique des pieds-noirs, loin de l'image d'Epinal, et d'un père juif d'Europe de l'Est, rebaptisé catholique et prié très tôt d'oublier, voire de
renier complètement ses origines.
Ma mère a vécu en Afrique du Nord jusqu'à ses dix-huit ans. Elle est venue ensuite à Paris pour y faire ses études, et était déjà en France à la fin des événements d'Algérie....
....Si je connais très bien l'histoire de ma famille maternelle, je ne peux pas en dire autant de celle de mon père. Là c'est carrément le néant, rien n'a été transmis. Guerre oblige, ils ont
voulu effacer leurs racines, se couper de leur judaïcité. Il n'y a d'ailleurs, et sans doute grâce à cela, pas eu de déportation chez nous.
Je sais que mon père a été caché en Suisse, chez les tantes de sa mère, où cette dernière avait d'ailleurs été élevée. Elles y avaient tenu une pension pour jeunes filles juives de bonne famille.
Quand il est arrivé là-bas, on lui a dit: "tu oublieras jusqu'à ton nom, tu effaces tout". C'est une injonction qui s'est ancrée en lui, et dont j'ai héritée: il n'a par exemple aucune mémoire;
et chez moi, le passé, très vite, se gomme aussi.
Je sais encore que ma grand-mère était polonaise, mais c'est tout. Tout cela est plein de trous...
.... Ce sont sans doute tous ces blancs qui m'ont fait dire très tôt que je ne savais pas d'où je venais. ce sentiment est vraiment né de ce qui m'a été transmis: on n'a pas de terre. On n'a pas
de mémoire."
Lili
"Plongée dans le bonheur"
"..... Ca s'est fait enfin entre nous, et ça a été un raz de marée! Il s'est produit comme un déclic pour moi; j'ai découvert le bonheur
de se réveiller chaque jour en étant si joyeux de la présence de l'autre, de voir en plus que c'est réciproque, qu'il n'y a pas de non-dits; nous étions d'une certaine façon des rescapés.
Je n'avais encore jamais rencontré un être aussi sensible. Il avait souffert dans son enfance de la violence de son père qui l'avait beaucoup dévalorisé. Il comprenait donc ma problématique, et
même s'il ne saisissait pas tout, ça l'a toujours intéressé. Il me disait: "Il faut que tu me racontes quand tu fais tes crises, comment ça se passe dans ta tête, comment tu t'organises. Je suis
prêt à y assister si cela est nécessaire. Cela ne me fait pas peur". Il allait loin et cela me bouleversait. Alors au début, je ne lui en parlais pas toujours, mais il savait. Peu à peu les
crises de boulimie se sont espacées jusqu'au moment où je n'ai plus eu envie d'en faire.....
.....Je me suis guérie avec lui. C'est vrai que cet homme, j'ai su l'aimer, et je suis très fière de nous, ce qu'on se dit d'ailleurs souvent! Notre truc, c'est de sortir régulièrement au restau,
de nous offrir de bons petits plats, et de passer la soirée à parler. manière des plus douces de célébrer et entretenir notre amour...."